GESTION OPAQUE DU SERVICE PAYE AU GROUPEMENT CRS/OUAGA : Qui a donc empoché les 12 920 000 FCFA

*Des éléments réduits au silence avec 250 000 f ?

* Un trou d’environ 13 millions dans le SP de la BSIC

* Ils perçoivent 2500 f au lieu de 10.000 f comme mentionné sur les factures

Coupures abusives des frais : Le Commissaire Brice Hien mis sur la sellette

ORBIS GOLD, un site minier situé à Boungou dans la Tapoa à l’Est du Burkina, était l’un des sites desservis par les agents de la CRS. Un contrat de SP liait les deux parties. Un contrat dont les termes sont tenus pour secret. Mais, les éléments de la police concernés par les missions de sécurisation notamment les escortes, finissent par douter de la bonne foi de leurs chefs. Ils n’ont pu faire économie de mouvements d’humeur pour voir clair dans leur traitement. « Sur cette question de service payé, il est vraiment compliqué pour nous de faire confiance à une quelconque hiérarchie », fulmine un agent, membre d’une équipe d’escortes. Il en veut pour preuves les conditions qui entouraient les missions que lui et ses camarades effectuaient sur la mine ORBIS GOLD. « C’était 2500 franc qu’on percevait par élément à chaque mission. Et quand on a commencé les revendications, c’est passé à 10.000 franc accompagné d’une réduction de distance. En fait, au moment où l’on percevait 2500, on escortait le personnel jusqu’au site minier à Boungou. Et quand c’est passé à 10. 000 franc, on se limitait à Fada. La gendarmerie venant nous croiser là-bas pour continuer avec l’escorte et nous on repliait sur Ouagadougou avec l’autre personnel qu’eux ils sont venus nous remettre à Fada », témoigne-t-il.
En effet, aucune fiche d’émargement ne leur aurait jamais été présentée après chaque répartition des frais de missions. S’installent alors une forte suspicion chez les agents concernés, qui a abouti à des mouvements. Ces agents disent s’être rendu compte que chaque membre de l’escorte devait percevoir 10 000 f par mission.
Effectivement, nous avons eu copies de factures dont l’objet porte sur « mission d’escorte de sécurité de Ouagadougou, province du Kadiogo à Natougou dans la province de la Tapoa » et sur ces factures, il est mentionné une prise en charge de 10 000 f pour un jour par élément. Il est prévu aussi 5000 f pour la communication et 10 000 f pour la coordination. Sur un échantillon de six (06) factures correspondant à six (06) missions d’escorte effectuées en 2015, 2016 et 2017, que nous avons pu consulter, c’est en tout un effectif de cinquante (50) agents de sécurité qui ont été mobilisés. Au lieu de 500 000 f, ce sont 125 000f qui leur sont revenus si l’on s’en tient aux 2 500f qui leur ont été versés selon les témoignages. Où est passée alors la somme de 375 000 f restante qui leur revenait de droit conformément aux termes des factures ? Ce manque à gagner sur les six (06) missions n’est qu’une infime partie, puisqu’à en croire des sources au groupement, dans l’année il peut avoir au moins 100 missions sur ledit site minier. Ce sont donc des millions qui devaient revenir aux agents d’escortes mais qui sont dans la nature. Une pilule amère à avaler pour ces derniers, surtout quand des conditions difficiles de travail s’en mêlent. « Vous allez porter vos gilets de Ouagadougou jusqu’à traverser toute la forêt de Fada avec tous les risques possibles. C’est pourquoi, entre temps, les éléments ont dit merde, que tant que les frais de missions n’augmentent pas, ils ne vont plus bouger », se remémore un d’entre eux.


Ces missions s’effectuaient depuis 2015 mais c’est en 2017 que des membres des escortes disent avoir découvert les pratiques peu orthodoxes qui s’opéraient dans leurs dos. Conséquences, les escortes ont été interrompues la même année.
Le Commissaire Brice Hien, actuel directeur des unités d’intervention de la Police Nationale, était le commandant du groupement des CRS de Ouagadougou au moment des faits. Nous l’avons sollicité pour plus d’éclaircissements. Il nous a orientés vers la direction de la communication de la Police. Depuis décembre 2019, une demande d’entretiens y est introduite mais aucune réponse ne nous est parvenue jusque-là.

Le dispositif sécuritaire d’Essakane levé malgré des promesses d’espèces sonnantes et trébuchantes

Après ORBIS GOLD, c’est la mine d’Essakane qui a vu son dispositif sécuritaire assuré par les éléments du groupement CRS, volé en éclat pour des raisons nous explique-t-on, d’incompréhensions autour des frais du SP entre les éléments de la police et leur hiérarchie. Des éléments qui assuraient la sécurisation du site ont souhaité une amélioration de leurs conditions. Payés à moins de 3500 f par jour, ils ont entamé, des négociations avec la hiérarchie policière et entendaient faire bouger les lignes. « En décembre 2018, il y a eu un accord. La hiérarchie est venue nous dire que la mine d’Essakane a dit de faire une proposition qui sera appliquée à partir de janvier 2019. Les éléments ont proposé 150 000 f au lieu de 50000 f pour les 15 jours de garde, à raison de 10 000 f par jour pour les agents et 15 000 f pour le chef de mission. Pour l’escorte, les éléments ont demandé 15000 f et 20000 pour le chef de mission. Nos chefs ont dit qu’il n’y a pas de souci et qu’en janvier 2019, ces propositions allaient rentrer en vigueur. En janvier, les frais de mission tombent, on part trouver que c’est toujours 50000 f pour les deux semaines. En février, même chose. En mars encore pareil, les éléments se sont levés pour dire qu’ils vont libérer le poste d’Essakane. Nos représentants sont encore repartis à la direction générale de la police nationale pour des négociations où des responsables de la mine même devraient venir, mais finalement rien. S’en est suivi la relève du dispositif sécuritaire d’Essakane en juin 2019, car les éléments étaient excédés par le comportement de la hiérarchie », relate un témoin de la situation.


Mais bien avant d’en arriver à la levée du poste, des éléments envoyés sur la table des négociations auraient fait l’objet de cours assidus avec parfois des propositions de leur offrir des espèces sonnantes et trébuchantes afin qu’ils convainquent leurs camarades à abandonner leurs nouvelles propositions.
« On nous a dit que si on arrivait à calmer les éléments pour qu’ils ne lèvent pas le poste d’Essakane, une grosse récompense nous sera offerte », nous raconte-t-on. Parmi la douzaine d’éléments qui représentaient leurs camarades, tous n’auraient pas pu résister à la tentation d’une « offre d’environ 250 000f chacun pour ne plus parler des histoires d’Essakane afin de dire aux éléments que les négociations n’ont pas abouties », foi d’un concerné, pour qui, les négociations auraient pris un coup après cet épisode, il ne restait plus qu’aux éléments de lever le dispositif, ce qui fut fait.
« Vouloir manger seul, c’est ça qui a conduit à la mise à terme du contrat entre la mine et la police. On a levé, tout le monde a perdu », peste un agent de police, visiblement partagé entre joie et regret.

Un trou d’environ 13 millions dans le SP de la BSIC

Outre les sites miniers, certaines institutions financières bénéficiaient des prestations des éléments de la CRS/Ouaga dans le cadre du SP. Des prestations interrompues pour plusieurs raisons certes, mais le flou qui entourait le contrat signé avec la Banque Sahélo-saharienne pour l’Investissement et le Commerce (BSIC) constitue la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
En effet, conformément au « Contrat de prestation de service » entre le groupement des CRS représenté par son Commandant d’alors le Commissaire Brice Hien et la BSIC, les frais du traitement forfaitaire mensuel en compensation de la rétribution du service de sécurité, s’élèvent à 2.900.000 franc. Ce contrat dont nous avons eu copie, date du 1er juin 2016 et « est établi et conclu pour une durée d’un an renouvelable par tacite reconduction ».
Seulement, sur les « états de paiement du service payé » mis à la disposition de l’ensemble des agents de police du groupement, les frais du traitement forfaitaire mensuel qui y figurent sont largement en deçà de ce que présente le contrat. Dans l’état de paiement du mois de janvier 2017 que nous avons pu consulter, il est mentionné 1 608 000 f comme la part de recettes de la BSIC.
C’est autour d’avril – mai 2017 que les éléments se seraient rendu compte à la faveur de ce qu’on pourrait appeler « printemps des mouvements d’humeur à la police pour exiger la transparence autour du SP ».
« Je me rappelle bien que quand la totalité du SP de la BSIC est venue, le montant mensuel du SP qu’on prenait qui était autour de 10.000 f est passé à 26.000 f par élément.», se réjouit un agent qui se demande néanmoins « où était bloqué tout cet argent ».
A en croire nos sources, c’est en avril 2017 que le vrai montant du contrat a commencé à figurer dans les états de paiement. A s’en tenir à cela, le manque à gagner pourrait s’estimer à 12 920 000 f, correspondant à dix (10) mois de coupures. Qui a donc empoché toute cette somme ? Difficile d’y répondre, mais ce qui est certain, c’est encore le Commissaire Brice Hien qui est signataire du contrat en sa qualité de commandant du groupement des CRS de Ouagadougou.

Source: Radio Liberté / Ouaga

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