Covid 19 : interview avec Lassane Dipama, vice-president de l’association des jeunes transporteurs 

Lassane Dipama, vice-president de l’association des jeunes transporteurs : « Cette pandemie va porter un serieux coup a ce secteur majoritairement domine par l’informel »

Le 9 mars 2020, le Burkina Faso connaissait son premier cas de la maladie à coronavirus. Le bilan des victimes du Coronavirus en Afrique est passé à 221 morts, après l’enregistrement de 25 nouveaux décès au cours des dernières 24 heures. Pour barrer la voie à la pandémie, le gouvernement burkinabè a lancé́ une batterie de mesures. Soucieux du bien-être des habitants de son quartier, le jeune opérateur économique, Lassané Dipama, vice-président de l’Association des jeunes transporteurs regroupés des marchés, responsable chargé du transport routier des marchandises de la région du Centre-sud et PDG du groupe wifi SARL va se lancer dans les actions de solidarité en offrant à son voisinage du matériel de protection dont des milliers de flacons de gel hydro alcoolique, des cache-nez et du savon. En vue de comprendre la quintessence de ses actions, nous l’avons rencontré le 3 mai 2020, à Ouagadougou. Avec lui, nous avons échangé sur l’actualité relative au COVD-19, la portée des mesures gouvernementales et surtout l’impact des mesures dans le secteur du transport au Burkina Faso.

Le Quotidien : quel est l’état des lieu du secteur des transports au Burkina avec la fermeture des frontières à cause du COVID-19 ?
Lassané Dipama : Avec l’apparition de cette pandémie, il n’est plus à démontrer que tout est presque au ralenti dans le secteur du transport. Hormis le transport des marchandises rien d’autre ne bouge. C’est de savoir donc qu’avec l’annonce de cette crise sanitaire et l’instauration de la quarantaine et des mesures barrières, le secteur du transport de façon générale peine énormément. Le secteur du transport compte tenu de la quarantaine, en plus le chômage des personnels l’impact est assez désastreux. Car sur toute la ligne l’économie mondiale a pris un coup fatal.

Depuis l’apparition de la pandémie au Burkina le 9 mars dernier, pensez-vous que le gouvernement a mal géré la situation ?
Pour moi, il fallait tout mettre en œuvre pour empêcher cette pandémie de se retrouver dans les confins du Burkina. Le gouvernement gère certes, mais je pense qu’il peut encore mieux faire. Car au regard des cas de désolation que la maladie a fait dans d’autres pays, il faut tout faire pour que la pandémie ne s’installe dans ce pays.

Malgré les mesures de restrictions prises on assiste toujours à des nouveaux cas, est-ce à dire que ces mesures ne sont pas appropriées ?
je pense que les mesures sont appropriées même s’il y a peut-être des corrections à faire. Mais il faut aussi savoir que le véritable problème dans cette lutte c’est le niveau des populations. Il y a certains milieux où jusqu’à présent malgré les réalités de contamination et les décès, des gens sont toujours sceptiques de l’existence du COVID-19.

Après ces mesures, le président a pris des mesures d’accompagnement. Un commentaire sur ces mesures.
Ces mesures sont à saluer, même si elles sont venues tardivement.

On a assisté à des manifestations de commerçants pour l’ouverture de leurs marchés. Ce qui a abouti à l’ouverture de plus d’une vingtaine de marchés. Pensez-vous que la fermeture de ces marchés n’était pas la solution ?
Il faut savoir que cela se présente comme un couteau à double tranchant. Pour ma part, la fermeture des marchés dans le cadre de la lutte contre cette pandémie n’est pas un débat. Le marché est un lieu où des milliers de personnes se frottent tous les jours. Donc les fermer pour barrer la voie à la pandémie est plus qu’une nécessité. Vous savez que la santé n’a pas de prix donc il fallait travailler à réduire voire empêcher tout rassemblement favorisant la contamination de la maladie. Cette nécessité fait face à une autre réalité. Dans la plupart des pays en Afrique, l’économie est gouvernée par les acteurs du secteur informel. Donc suspendre leur activité sans tenir compte des réalités inhérentes, c’est comme les envoyer à l’abattoir. Il est évident que des mesures avaient été prises à travers les faîtières associatives des commerçants pour accompagner les acteurs, mais compte tenu d’un certain nombre de problèmes la gestion n’a pas été aussi facile à ce niveau. On n’a pas le choix. L’Afrique ne peut pas se fermer comme en Europe. On va mourir de faim si on n’ouvre pas les marchés.

Cette pandémie n’anéantira -t- elle pas l’économie du Burkina?
Cela n’est plus un débat pour une économie qui dandine depuis début 2016. L’Etat même lors d’un conseil des ministres a expliqué ce fait. Cette pandémie va porter un sérieux coup à l’économie de ce pays qui est majoritairement dominé par le secteur informel. Alors que la plupart de ceux qui ont vu l’arrêt de leurs activités sont de ce secteur.

Certains dénoncent la gestion de cette pandémie par les autorités notamment le ministre de la Santé et le professeur coordonnateur du comité national de lutte contre le COvID-19 qui a été démis de ses fonctions. Certains demandaient aussi la démission de la ministre. Partagez-vous cela aussi ?
Non aucun commentaire car c’est une décision émanant de l’exécutif. Il faut prendre tout simplement acte.

Pensez-vous qu’on accordera de la crédibilité à cette ministre ou au comité de gestion de cette épidémie après la révélation de la famille de la défunte députe Rose Compaoré ?
Il y a quelques manquements certes. Il y a des erreurs de communication aussi, mais je pense qu’il faut accorder du crédit à cette structure qui coordonne les activités de la pandémie du moment qu’il y a eu du sang neuf.

Que pensez-vous du nouveau calendrier pédagogique du système éducatif dans un contexte de COVID-19 ?
La mesure est assez bonne si on veut éviter une année blanche. J’estime aussi qu’il y a quelques corrections à faire dans le processus avant la réouverture des classes. Aussi ce qui est inquiétant c’est le cas des classes d’examens. Comment faire pour terminer le programme et ne pas surcharger les enfants avant les examens et concours. Je pense que quand il s’agit des dispositions de prévention, le gouvernement a les moyens, mais il faut aussi le soutien des parents car les gouvernants à eux seuls, ne peuvent venir à bout de cette maladie.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour clore notre entretien ?

Je salue de passage l’initiative du président de l’Assemblée nationale, concernant le « Coronathon » qui selon moi est une bonne initiative dans cette lutte qui nécessite une mobilisation conséquente des ressources. Surtout que nous faisons face à des ressources assez limitées mais aussi à un fléau qui va de façon exponentielle. Toute chose qu’il faut combattre à temps…

Le Quotidien

Partager

Laisser un commentaire