Liberté de la presse au Burkina

Idrissa Birba, journaliste, rédacteur en chef du journal le Quotidien président de NDH-Burkina « Un journaliste mal payé, misérable qui rase les murs est un danger pour la liberté de la presse »

Pour ma petite expérience, parce que j’ai tout de même plus d’une dizaine d’années d’expérience dans le milieu, je peux dire qu’il y a des acquis considérables en matière de liberté de la presse dans notre pays. Vous prenez à partir de 1998, avec l’affaire Norbert Zongo, il y a eu pas mal combats qui ont permis à la liberté de la presse de s’enraciner dans notre pays. La parole a été libérée parce qu’on n’était plus dans la période de « si tu fais on te fait et il n’y a rien ». Mais ça je peux dire que c’est grâce aux combats que les journalistes et les OSC ont menés ensemble. Les autorités étaient donc obligées de déverrouiller les choses et vous avez remarqué que progressivement des journaux, des radios et bien d’autres médias ont vu le jour… d’ailleurs aucun pays dit démocratique ne veux voir son nom cité en mauvais exemple dans le classement de Reporters sans frontières (RSF), par exemple… Actuellement même s’il y a de temps en temps des menaces et des procès contre des journalistes dans notre pays, ce n’est pas le fait de l’Etat mais des particuliers, parce que comme le disait le PDG
de Savanes médias, Sidnaaba, je préfère un journaliste en prison qu’un journaliste au cimetière. Il faut aussi reconnaitre que dans notre pays, la lutte contre le terrorisme est venue un peu plomber le dynamisme qui s’observait parce que la loi qui été votée et modifiant le code pénal vise simplement à contrôler la diffusion de toute information liée aux attaques terroristes dans le pays sur tous les supports, télé, radio, journal et internet. Certains articles du projet de loi interdisent tout simplement la diffusion d’informations ou d’images des sites en cas d’attaque terroriste dans le pays. Vous voyez qu’avec cette nouvelle loi de 2019, il y’a problème. Nous l’avons dénoncé en son temps mais finalement elle est passée cette loi et il faut faire avec. C’est le contexte qui l’exige ! Ensuite, ce qui joue un peu sur la liberté de la presse au Burkina Faso, c’est l’autocensure… Des journalistes pour écrire ou parler de certains sujets ont toujours peur et se posent des questions sur la réaction de telle ou telle chapelle politique ou homme politique. Conséquence, ils laissent tomber. C’est ce que j’appelle l’autocensure. Enfin, je voudrais noter un fait que les gens ne voient pas souvent. Je pense qu’il y a une relation de cause à effet entre conditions de vie et de travail des journalistes et liberté de la presse. Un journaliste mal payé, misérable et qui rase les murs est un danger pour la liberté de la presse. Les gens ont souvent peur de le dire mais c’est une triste réalité. En définitive, on peut dire qu’au niveau de notre pays, il y a la liberté de la presse. Mais comme je l’ai dit, on ne doit pas dormir sur nos lauriers, il faut rester éveillé et vigilant. Si on dort, les dirigeants et tous ceux qui sont contre cette liberté peuvent nous surprendre…négativement.

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