Lecture critique du projet de société du CDP : Eddie Constance Hyacinthe Komboigo

C’est un document assez digeste à la lecture avec des défauts de mise en page. Pas très long et assez explicite. Cependant comme cela a déjà été mentionné, un projet de société s’articule autour d’un socle qui donne l’essentiel des orientations : l’idéologie. Le candidat nous propose 21 actions prioritaires qui brassent la grande majorité des domaines sans pour autant nous faire le diagnostic des problèmes posés. De même, certaines questions restent vaguement exprimé notamment dans la santé, l’éducation, l’économie et la justice. Il dit être social-démocrate, sans nous le définir.

Dès l’entame, le troisième paragraphe de l’avant propos, le candidat dit : « Je me présente d’abord comme héritier du président Blaise COMPAORE à qui je rends, dès l’entame de mon programme politique, un vibrant hommage, pour avoir bâti ce beau pays, au prix de tant de sacrifices, dans la paix, la stabilité, la concorde et l’unité nationales. »

Sachant que son mentor a subi la colère du peuple par une insurrection populaire il y a à peine 6 ans, il faut reconnaître que cela est fort courageux, sauf s’il pense que sans cette allégeance il n avait aucune chance d’être le candidat de son parti. De même, quand l’on rend hommage à ceux qui ont donné leur vie pour cette nation, cela concerne tous les martyrs même si nous ne sommes pas d’accord avec la cause de certains. Ici le plus important c’est le sacrifice suprême : DONNER SA VIE POUR LA PATRIE.

Cette phrase, « Au regard de ce qui précède, le constat d’échec du régime KABORE amplifie le sentiment de regret du régime COMPAORE par les populations. », résume bien, et cela tout au long du document, que le candidat fait une scission entre l’avant et l’après 2014. Et cela en présentant un Burkina Faso prospère sous l’ère Compaoré, chose qui est une contre vérité.

En matière des infrastructures routières le candidat dit «le linéaire de route bitumée atteint 6000km en 2014, représentant 24% du réseau classé.

Cette situation résulte des efforts accrus entrepris depuis quelques années afin d’accroître et de moderniser les infrastructures de manière générale, celles routières en particulier. Sur la base des informations recueillies, le réseau routier bitumé aurait atteint 40%. Mon ambition est de porter le taux brut de bitumage à au moins 50% d’ici à 2025. » Ainsi il fera moins en 5 ans que le régime actuel.

« Les capitaux nécessaires à la mise en place de ces différentes unités industrielles proviendront de l’État, du privé national, des populations locales et de la diaspora burkinabè. »

Cela ressort assez souvent dans le programme, l’idée d’un investissement soutenu par les fonds locaux, les forces endogènes, avec la contribution de la diaspora. Cela est à saluer et je dirais même que nous devons aujourd’hui avoir le courage de protéger nos entreprises locales.

Le mot refondation est utilisée deux fois dans le document dont l’un est mal à propos. Concernant la refondation de l’économie, nous allons quitter d’une économie ouverte sur les financements étrangers sans protection des entreprises locaux, à une économie basée sur un financement endogène avec une certaine forme de protection : cela est une refondation. Cependant concernant la refondation sur la gouvernance, cela est mal à propos car le candidat nous propose juste des réformes de ce qui existe déjà, pour ne pas dire l’application de ce qui est déjà légiféré.

Une phrase qui a bien retenu mon attention est : « Tout processus de développement a pour point de départ et pour aboutissement l’être humain. L’édification d’un Burkina de prospérité passe nécessairement par la qualité des ressources humaines. »

Aussi bien dans ce programme que dans l’essentiel des autres programmes, le diagnostic de la problématique de la santé, de l’appareil judiciaire, de l’emploi des jeunes et des femmes et même souvent du terrorisme est très mal posé parce que nous nous refusons d’aller à la base des problèmes et faire une REFONDATION de ces domaines. Ils proposent juste des solutions de la partie visible de l’iceberg.

Dans son ensemble, le document s’axe essentiellement sur la bonne gouvernance. Il met en exergue un développement endogène respectant l’environnement avec une place accordée à notre diaspora. Il s’agit d’un document réalise, certes sans grosse réflexion, mais qui appliqué permettra d’améliorer la gouvernance, sans pour autant nous garantir des réformes majeures de notre société comme cela avait été espéré au lendemain de l’insurrection de 2014.

Dr Arouna Louré

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