Lecture critique du projet de société de l’UPC : Zephirin DIabré

C’est un projet de société bien écrit et digeste à la lecture ; cependant très long, dû à une incrimination incessante du régime actuel, une description longue de la problématique, mais également à une répétition qui s’expliquerait probablement par une segmentation des experts dans l’élaboration du document ou à une compilation de document déjà existant.

Il répond à la forme d’un projet de société, déclinant à la fois les principes fondamentaux de sa vision de la société et le modèle de gouvernance et de développement. Il part d’un socle d’où vient se greffer les différents aspects de développement de la société et cela sur le long terme : c’est un modèle de société que nous propose le candidat.

Cependant, en ambivalence avec sa culture occidentale et le rêve des peuples de bâtir des nations qui se fondent sur leur socle socio-culturel ( leur réalité endogène), le candidat a dû faire des grands écarts pour lier ces deux idéologies, quitte à développer des contre-vérités historiques. En effet, il soutient : « l’UPC décline son projet de société qui a pour boussole, le Burkind’lim (notre identité nationale) et pour orientation politique, le social-libéralisme qui correspond à plusieurs égards à nos valeurs culturelles et qui signifie tout simplement : l’Homme d’abord. »

D’où le social-libéralisme correspond à plusieurs égards à nos valeurs culturelles ? Quelle est la différence entre une boussole et une orientation ? À mon entendement, la boussole est encore plus déterminante qu’une orientation. Ainsi donc ne pouvons nous pas développer l’Afrique en trouvant notre voie à nous, une voie basée sur nos réalités endogènes, sans emprunter celle d’un autre continent et d’une autre époque ?

Entre autres comme des contre-vérités historiques, le candidat dit : « c’est aussi à ce titre que l’indépendance de notre pays a été arrachée à la France par des hommes et des femmes voltaïques par un engagement patriotique d’une extrême ténacité au nom de leur liberté dont nous avons héritée. » ; « d’ailleurs, à bien des points de vue, le libéralisme permettrait un retour aux racines de l’Afrique puisque les traditions reposaient sur une organisation spontanée des sociétés avec des sages médiateurs. »

Qu’à cela ne tienne, hormis cette ambivalence, basé sur le Burkind’lim ce projet de société permettra des réformes notables dans bien de domaines de notre gouvernance.

La problématique de nos questions de société est parfaitement posée et très bien détaillée, avec des hypothèses de diagnostic des causes de cette problématique assez bien construit. Ainsi les solutions proposées rentrent dans un cadre global. Cependant beaucoup de questions sont reportées dans le cadre des concertations après les élections ; ainsi les expressions comme « Étude d’envergure nationale », « conférence nationale », « vrai dialogue social » , « conférence générale de la nation », « conférence nationale du travail » sont récurrentes dans le document.

Quelles réformes semblent avoir ratées le diagnostic, pour ne pas dire des mesures à caractère populiste. En exemple : « Dans notre volonté de rapprocher la justice du justiciable, nous allons, d’ici à 2025, doter toutes les provinces de juridictions (Tribunaux de Grande Instance)…. il restera donc dix-huit (18) TGI que nous réaliserons avant la fin de notre mandat… »

À cela il faut ajouter la création de la Cour de Répression de la Délinquance Economique et Financière (CRDEF) par le candidat. il faut signaler au candidat que la formation des juges est suspendue actuellement, qu’il faudra construire ces locaux, sans oublier que les tribunaux des provinces ont peu de dossiers ce qui remet en cause actuellement la rentabilité d’un tel projet. Il serait plus dynamique de renforcer et de restructurer les tribunaux qui peinent déjà à fonctionner par manque de matériel et de locaux mais aussi en sous-effectif notamment les tribunaux de Ouaga et de Bobo.

De même, il aurait été plus instructif si le candidat donnait une estimation du coût des réalisations notamment des infrastructures dans le domaine de la santé et de l’éducation. Car au vu du budget prévisionnel, l’on se demande bien comment couvrir ces dépenses si ce n’est un endettement massif, chose que le candidat rejette.

Quelques exemples qui me poussent à me poser la question sur leur faisabilité :

Réduire d’au moins deux tiers (2/3), entre 2021 et 2025, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans qui était de 43 pour 1000 en 2015 ; sachant que dans le projet de société du candidat en 2015 il disait réduire d’au moins de moitié.

Réduire d’au moins trois quarts (3/4), entre 2021 et 2025, le taux de mortalité maternelle qui était de 330 pour 100 000 naissances vivantes en 2015; sachant que dans le projet de société du candidat en 2015 il disait réduire d’au moins de moitié.

Recruter au moins 12 000 agents publics par année, soit au moins 60 000 agents publics en cinq années. nous attendons du secteur privé au moins 1 700 000 emplois décents sur les cinq ans, soit en moyenne, environ 340 000 emplois par an grâce entre autres au « BOOM ENTREPRENEURIAL » tiré par les deux révolutions agricole et industrielle.

En 2015 le candidat comptait créer au moins 700.000 emplois en 5 ans ; soit plus 1.000.000 d’emplois de plus (public + privé )

En dépit des quelques réserves émises, c’est un projet de société ambitieux, bien construit, emprunt d’une grande volonté de bien faire notamment en matière de la gouvernance, de l’éducation, de l’économie et de la sécurité. Le candidat fait un diagnostic large des problématiques et nous propose des solutions qui appliquées permettront de sortir le pays de l’impasse actuelle.

Dr Arouna Louré

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