Lecture critique du projet de société du MPP : Roch Marc Christian Kaboré

Intitulé « mon programme 2021-2025 », tel que présenté dans la forme et dans le fond, il ne s’agit pas vraiment d’un programme présidentiel et encore moins d’un projet de société. Il s’agit simplement des engagements présidentiels composés de dix éléments qui s’imbriquent assez souvent et choisis en fonction des priorités du candidat. La preuve en est qu’à la page 8, le candidat dit : « Pour cela, je m’engage avec vous sur 10 chantiers », ce qui fera tout le corps du programme. Pour parapher tout cela, les mots «je m’engage / mon engagement » est utilisé plus de 50 fois.

En effet, un projet de société se construit dans une globalité autour d’un socle qui est la boussole de toutes les orientations : l’idéologie. Cependant ce document ne représentent que des engagements pris de façon éparse ça et là en fonction des urgences qu’ils ont définies. Les problématiques n’ont pas été énumérés ( chose qui se comprend vu que c’est le président sortant), aucun diagnostic au préalable n’a été posé, alors il est de bon ton de se demander si les engagements ne seront pas à côté de la solution réelle.

Pour un président sortant, il aurait fallu faire un bilan de son mandat, nous faire le point sur le PNDS, afin de nous présenter ce qui a été fait et pourquoi il voudrait que nous lui accordons encore 5 années de plus. On est juste tenté de demander qu’est-ce qui a empêché le président sortant pour qu’il n’ait pas pris ces engagements durant les 5 années passées. Par exemple durant le quinquennat passé combien d’emplois ont été créés ; pour nous permettre de mieux appréhender la faisabilité de la création de 600.000 nouveaux emplois.

Lorsque le candidat nous dit : « Le nouveau contrat de confiance que je propose à chacune et à chacun d’entre vous, fondé sur ma conviction social-démocrate, c’est de nous mettre ensemble, pour reformer l’Etat et l’administration publique, afin de garantir la stabilité et de renforcer la résilience économique du Burkina Faso. » on se demande aisément ce qui a été fait ces 5 dernières années pour venir demander un « nouveau contrat de confiance ». De même, il aurait été nécessaire de nous dire à quoi rime la « conviction social-démocrate » du candidat.

Par ailleurs, vu que les diagnostics des problèmes n’ont pas été posés, les engagements pris, même respectés, pourraient passer totalement à côté de la réelle solution, et nous nous retrouverons dans 5 ans dans la même situation voire même pire. De même, la grande majorité de ces engagements n’ont pas de procédure de mise en œuvre ; COMMENT mettre œuvre ces engagements ?

Concernant certains points, notamment la lutte contre le fléau de la corruption, elle n’est évoquée que par le renforcement des capacités opérationnelles de l’ASCE-LC. Avec une contre vérité quand l’on dit que « Des indicateurs internationaux convergents montrent que la corruption y est beaucoup moins répandue » car le Burkina Faso a largement régressé au classement de 2019 sur le plan de la corruption.

De même, on ne peut parler de la réforme de l’Etat, la modernisation et la professionnalisation de l’Administration publique (dit au centre du projet de société) sans faire cas de la dépolitisation de l’administration publique Burkinabè, de la lutte contre le népotisme, mais surtout de la lutte contre la fainéantise, la gabegie et la corruption au sein de cette admiration. À cela il faut ajouter diverses réorganisations dont certaines ont été prises dans les engagements.

Dans le sommaire, le chapitre 4 parle de REFONDER L’ÉTAT, cependant c’est la seule utilisation de ce mot dans tout le document. Quand au mot « réforme », il est utilisé 21 fois dans le corps du texte, sans jamais toucher vraiment aux nœuds gordiens des problèmes de la nation.

En conclusion, appliqués dans sa totalité, ces engagements, quoique beaucoup sont purement de la « parole de politicien » (engagements non motivés) , pourraient être très loin de ce que nous attendons du Burkina Faso de demain : un Burkina Faso débarrassé de la corruption, de la malgouvernance, du népotisme et orienté résolument vers un développement durable dans la paix, la stabilité et la cohésion sociale. Cependant certains secteurs sectoriels pourraient voir une amélioration substantielle notablement le secteur de l’énergie, l’accès à l’eau potable, le désenclavement.

Dr Arouna Louré

 

 

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