IL Y A 31 ANS, DANS CETTE NUIT DU 18 AU 19 SEPTEMBRE 1989…

« Deux ans après la disparition de Thomas Sankara, la révolution dévore à nouveau ses enfants », peut-on lire dans le numéro 124 de Jeune Afrique Économie d’octobre 1989.


En effet, dans la nuit du 18 au 19 septembre 1989, soit deux ans après l’assassinat du capitaine-président Thomas Sankara et de douze autres personnes, le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani (à gauche sur la première photo) et le capitaine Henri Zongo (à droite) ont été accusés de tentative de coup d’État, mieux (ou pire), de tentative d’assassinat du président du Front populaire, Blaise Compaoré. Comme deux ans en arrière où l’on avait justifié le massacre du 15 octobre par le fait que Sankara et « son camp » auraient planifié de liquider le même Blaise et « son clan » à une réunion prévue ce jour à 20 heures…
Si au départ, le CNR était piloté par ceux qu’on appelait « les quatre chefs historiques de la révolution », au petit matin du 19 septembren1989, Blaise sera seul maître à bord du navire Burkina. Si les numéros 1, 3 et 4 ont été tués par balles, et si les supposés coups de force ont été « déjoués » par la même personne, en l’occurrence Gilbert Diendéré (deuxième photo), les circonstances ne sont pas les mêmes. En effet, le 15 octobre aurait été un accident alors que le 18 septembre c’est tout autre chose. En attendant que la lumière soit faite sur ces pages sombres de l’histoire de notre pays, nombreux sont ceux qui doutent de la véracité des arguments avancés par les « vainqueurs ».
L’homme clé de la tragédie du 15 octobre, le capitaine Diendéré à l’époque, celui-là même qui avait accompagné Sankara à la radio nationale dans la nuit du 4 aout 1983 pour sa déclaration de prise de pouvoir, cet homme clé avance la thèse de l’accident pour justifier la tragédie du 15 octobre 1987: « Notre réaction a été qu’il fallait arrêter Sankara avant que l’irréparable ne se produise. La décision a été prise dans un climat général d’inquiétude proche de la panique. Nous n’avions vraiment pas le choix (…).Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. À ce moment, tous les hommes se sont déchainés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle. » (Ludo Martens, Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè, page 64.
Par contre, dans la nuit du 18 au 19 septembre, ce n’est pas un accident, mais des exécutions décidées par une cour martiale. L’homme clé du « coup d’État avorté » de septembre 1989, le même Gilbert Diendéré raconte : « Il est 18 heures. Nous décidons d’arrêter le commandant Lingani avant que l’irréparable ne soit vraiment commis (…) La garde de Lingani est composée d’éléments de notre unité. On les a tenus en joue. L’aide de camp est entré dans le bureau du commandant et a crié : « Attaque ! » Lingani a sauté par la fenêtre (…) : mauvaise chute avec une luxation à l’épaule.
Arrêté vers minuit le commandant Lingani a tout avoué (…) Nous avons alors appelé le capitaine Henri Zongo à son domicile pour le convoquer au conseil. Il a refusé catégoriquement. Pour éviter toute effusion de sang, nous avons demandé à sa garde de quitter les lieux. Nous avons été le chercher » (extraits de Jeune Afrique Économie cité ci-dessus).
Les deux hommes passeront devant un peloton d’exécution dans la même nuit.
Ce serait donc pour éviter « l’irréparable » que trois des quatre chefs historiques de la révolution ont connu le sort que nous savons tous…
Il y a 31 ans, lorsque le soleil du 19 septembre 1989 se levait sur la patrie des hommes intègres, le capitaine Blaise Compaoré était le seul maître à bord du navire Burkina, les trois autres chefs historiques de la révolution y ayant été jetés par-dessus bord par des balles mortelles. Blaise Compaoré gérera son pouvoir à sa façon, jusqu’à ce que la houle de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 fasse tanguer le Burkina. Les tentatives furent vaines pour lui de maîtriser la barque et malgré les multiples efforts déployés pour s’y agripper, il s’en trouvera éjecté pour se retrouver dans les flots de l’histoire d’un long règne entaché du sang de ses amis, frères d’armes et compatriotes.

Gnindé Bonzi

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