Découplage des élections présidentielle et législatives: « n’est pas logique » selon le MPS

Déclaration du MPS sur le rapport de l’Assemblée nationale

A la suite d’une série de rencontres tenues du 8 au 25 juin 2020 avec les forces vives des cinq régions du Burkina Faso les plus durement éprouvées par les attaques terroristes (Est, Nord, Sahel, Centre-Nord, Boucle du Mouhoun), le président de l’Assemblée nationale a remis au Président du Faso un rapport dressant l’état des lieux dans les cinq régions et les préoccupations majeures des populations, assorti de recommandations. Parmi les dix-neuf (19) recommandations, l’une d’entre elles n’a pas manqué de faire l’objet de controverses, à savoir la « Recommandation 15 : reporter les élections législatives sur le fondement de l’article 81 de la Constitution ». 

Le MPS prend note des informations relevées dans le rapport, notamment sur les préoccupations exprimées par les populations à la base. Il prend acte de la grande majorité des recommandations pertinentes formulées dans le rapport, dont la mise en œuvre permettrait d’alléger la souffrance de nos populations civiles et de renforcer les capacités opérationnelles de nos forces de défense et de sécurité. 

Toutefois le MPS s’étonne de la soudaine découverte par l’Assemblée nationale, à quelques mois de la fin de sa législature, de la dure réalité du quotidien de nos populations. Il s’étonne par ailleurs que pour un rapport officiel qui engage la représentation nationale et la deuxième personnalité de l’Etat un journal français soit cité à la page 5 comme source de données statistiques concernant le nombre de victimes de « la folie meurtrière des terroristes ». Est-ce à dire que notre Etat ne tient aucun décompte précis de nos compatriotes victimes de la barbarie terroriste ? Si oui, cela dénoterait d’une carence inadmissible et dans le cas contraire, d’une légèreté des auteurs du rapport.

Mais surtout, le MPS s’étonne de l’incongruité de l’analyse ayant débouché sur la recommandation n°15 qui tombe comme un cheveu dans la soupe de l’Assemblée nationale, et la rejette avec véhémence. Le fait que la tenue des élections couplées du 22 novembre 2020 ne figure pas parmi les préoccupations des populations ne fait pas obstacle à ce que ces préoccupations soient mises en œuvre par le régime issu des élections couplées de novembre 2015. Pendant 5 ans, le régime en place avait le loisir de répondre à ces préoccupations mais a échoué sur ce terrain. Pendant ce temps, notre Assemblée nationale, se murant dans « le silence et une certaine hypocrisie du citoyen burkinabè » qu’elle dénonce pourtant dans son rapport à la page 14, a continué à soutenir majoritairement le Gouvernement au lieu de sanctionner son échec à sécuriser notre territoire. Ce faisant, l’Assemblée nationale est politiquement comptable de cet échec. 

Recommander un découplage des élections en tenant la présidentielle à bonne date et en reportant les législatives à plus tard, n’est pas logique parce que les circonstances exceptionnelles qui rendent impossible la tenue des législatives sont les mêmes que celles qui entourent la présidentielle. On ne voit donc pas comment la présidentielle peut être tenue alors que les législatives ne le peuvent. Ce qui est impossible ou possible matériellement dans un cas l’est aussi pour l’autre cas pour des élections couplées. Le report des législatives et même des municipales peut-il en soi ramener la sécurité dans les régions concernées ? A l’évidence, la réponse est négative. Ce qui permettrait de ramener la sécurité dans nos contrées, c’est un leadership politique et une gouvernance sécuritaire garantissant le succès des armes du Burkina Faso, selon la formule militaire consacrée. Dans ces conditions, on peut se demander comment les députés ont pu produire une telle recommandation aussi sensible politiquement sans en avoir discuté, ne serait-ce qu’en aparté avec le président du parti au pouvoir et le CFOP. Quel est donc l’agenda caché qui se profile derrière cette recommandation incongrue ?

Le MPS exhorte le Président du Faso à ne promulguer aucune loi constitutionnelle qui viendrait à proroger le mandat de cette législature à la légitimité finissante. Mieux, il lui demande solennellement d’user de son pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale, conformément à l’article 50 de la Constitution si les députés persistent dans leur projet de forfaiture. Le MPS se réserve le droit de saisir le Conseil constitutionnel pour censurer toute loi constitutionnelle qui viendrait à proroger le mandat de la législature actuelle et d’user tous les moyens conférés par la Constitution pour rejeter toute forfaiture.

Partager

Laisser un commentaire